Hommage à France Delville, par Nicole Castaldi-Marin, autrice
Certaines rencontres exceptionnelles éclairent notre regard sur le monde et ouvrent des voies à la création artistique et littéraire. Ma rencontre avec France Delville fut de celles-là.
Psychanalyste et critique d’art, France Delville fascinait par la profondeur de sa pensée et par une culture littéraire et psychanalytique exceptionnelle.
Formée aux lettres classiques, elle avait traversé le théâtre, la peinture, l’écriture et la psychanalyse avant de devenir une figure reconnue de la critique d’art et de la pensée contemporaine.
Chaque vendredi, au café-psy du Cours Saleya à Nice, elle animait un espace rare : un lieu où la parole se risquait, où la pensée se partageait, où chacun trouvait une profondeur insoupçonnée sous son regard attentif.
Elle m’invitait aussi aux vernissages de la Galerie de la Salle, à Saint-Paul de Vence, tenue par Alexandre, son mari. Là, au milieu des oeuvres et des voix multiples, elle m’introduisait, me présentait, me reconnaissait.
Elle lisait mes textes avec une exigence bienveillante ; elle savait comprendre ce qui se cherchait, ce qui se formait. Travailleuse infatigable, femme d’une grande profondeur d’âme, elle avait le souci constant de transmettre, d’éclairer, de rendre accessible l’origine d’une oeuvre ou d’une démarche artistique.
Une affection fulgurante a emporté France Delville, dont l’esprit demeurait d’une inépuisable vitalité. Mais ce qu’elle m’a transmis demeure.
Lorsque j’écris, je sens encore son regard : dans la précision d’un mot, dans l’exigence d’une phrase, dans le refus de céder à la facilité. Tant que j’écrirai, elle continuera d’exister.
