À peine installée chez lui, la prétendue épouse révèle un caractère à la fois tyrannique et dépensier, rendant infernale la vie du vieil homme qu’elle fait tourner en bourrique.
Sous des apparences légères, cet Opéra dévoile ainsi une étonnante finesse dramatique. Accablé, Don Pasquale accepte finalement de renoncer à ce mariage et consent à l’union de Norina et d’Ernesto, comprenant qu’il a été victime d’une fort habile machination.
Dans cette partition tardive, Donizetti semble condenser tout l’héritage de l’Opéra-bouffe italien issu de Rossini, tout en annonçant déjà une psychologie plus humaine, et parfois mélancolique, des personnages comiques.
Derrière la caricature du barbon amoureux se profile un personnage touchant, presque pathétique, dont les mirages sentimentaux l’entrainent dans un irrésistible jeu de dupes. Capricieuse, exigeante, dépensière, cette épouse va jusqu’à le gifler lorsqu’elle décide de sortir seule alors que son mari s’y oppose.
Chaque geste semble rigoureusement réglé sur la partition de Donizetti : les mouvements des chanteurs suivent avec précision les rythmes de l’orchestre, et les scènes se succèdent rapidement grâce à un plateau tournant.
Les décors de Leslie Travers sont absolument superbes et très originaux que ce soit dans la maison cossue de Don Pasquale ou dans l’espace divisé d’une entreprise où les bureaux s’enchaînent les uns aux autres. Le public est ébloui !
Dans cette efficace mise en scène, les chanteurs - avec des voix magnifiques - sont aussi acteurs. Pour mieux incarner une jeunesse insouciante, Ernesto se déplace en trottinette. Cette intemporalité - et il y en a d’autres - ne trahit en rien l’œuvre de Donizetti.
Dans le rôle de Norina, la voix de la soprano Mariam Battistelli est exceptionnelle, très lumineuse et agile. Federico Longhi interprète de façon touchante Don Pasquale en évitant toute caricature. Tous ceux qui les entourent sont excellents, chacun dans son rôle.
La direction musicale est assurée par Giuliano Carella, formé aux conservatoires de Milan et de Padoue, et perfectionné à Sienne. Il entraîne magnifiquement l’orchestre de l’Opéra de Nice.
Caroline Boudet-Lefort

