Le point de départ de l’exposition est une question simple en apparence : qu’est-ce qu’une icône ?
Le mot, issu du grec eikôn (« image »), désigne à l’origine les représentations sacrées de la tradition chrétienne orientale. Progressivement, son usage s’est déplacé vers le domaine profane, jusqu’à qualifier des personnalités dont la représentation semble avoir acquis une existence autonome. Le Christ comme figure fondatrice, puis les saints, les martyrs, les héros politiques, les artistes et les vedettes de la culture populaire composent ainsi une histoire élargie de l’icône.
De l’image sacrée au visage médiatique
L’exposition s’intéresse moins aux individus eux-mêmes qu’à ce que leurs images sont devenues. Car une icône ne se réduit pas à la personne qu’elle représente. Elle naît dans l’écart entre une existence réelle et les projections qui viennent s’y superposer. Cette distinction est essentielle pour comprendre le parcours imaginé par les commissaires. Dans la tradition chrétienne, l’icône n’est pas l’idole : elle renvoie à une réalité invisible qui la dépasse. Avec la photographie, puis le cinéma, la presse illustrée et les médias de masse, le mécanisme change d’échelle. La multiplication des reproductions permet à certaines images de circuler largement, d’être collectionnées, affichées, détournées et finalement intégrées à une mémoire collective.
L’image photographique devient alors un acteur de la fabrication du mythe. Elle documente une personne, mais peut aussi la transformer en personnage. Un portrait, une pose, un vêtement, un geste ou une photographie prise à un moment particulier peuvent finir par résumer une existence entière. L’image ne reflète donc plus seulement une réalité : elle participe à la construction de celle que le public retient.
Douze figures pour raconter une histoire des images
Le parcours s’organise en douze chapitres, chacun prenant pour point d’ancrage une figure devenue emblématique. L’exposition s’ouvre avec « Le Christ : la vraie icône », qui permet de revenir au sens originel du terme et au rapport entre représentation, croyance et présence.
Viennent ensuite « Le Guerrillero Heroico », consacré à la célèbre représentation de Che Guevara, et « Marilyn, Norma Jean, Zelda Zonk », qui met en regard la femme, l’actrice et les différentes identités construites autour de Marilyn Monroe. Avec « La main de Dieu ou la vie de Saint Diego », le parcours s’intéresse à Diego Maradona et à la transformation d’un geste sportif en image quasi légendaire. D’autres chapitres prolongent cette réflexion sur les mécanismes de la dévotion et de la célébrité : « Mausolées », « La transverbération de Padre Pio » et « La Beatlemania » abordent différentes formes de rassemblement autour d’une figure et de ses représentations. Le parcours se poursuit avec « Alias Johnny », « BB. La nouvelle Ève » et « Diana et le treizième pilier », consacrés respectivement à Johnny Hallyday, Brigitte Bardot et Lady Diana. Trois figures dont les images ont largement débordé la seule biographie pour devenir des signes immédiatement reconnaissables dans la culture populaire.
Enfin, « Le 18 juin, une parole en acte » et « Frida Kahlo ou le dolorisme mexicain » élargissent la réflexion à la construction politique et culturelle des figures historiques et artistiques.
L’exposition examine les mécanismes qui permettent à une image de quitter son contexte d’origine pour acquérir une nouvelle puissance symbolique. Cette transformation dépend en partie de ceux qui regardent. Une icône suppose en effet une communauté -admirateurs, fidèles, fans, spectateurs - qui la reconnaît, la reproduit et lui attribue une valeur particulière. La photographie joue ici un rôle déterminant : en permettant la répétition et la circulation presque illimitée des représentations, elle contribue à installer certaines figures dans l’imaginaire collectif.
À l’heure où la multiplication des écrans et des réseaux sociaux accélère encore la circulation des représentations, ces questions prennent une résonance particulière.
« Icônes : images fantasmées », Centre de la photographie de Mougins, du 30 octobre 2026 au 1er février 2027. Commissariat : François Cheval et Yasmine Chemali. Présentation à la presse le 30 octobre à 11h30 ; vernissage à 18h30.
