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Avignon : révolte, littérature et poésie... les spectacles et expositions à ne pas manquer

Comme chaque été, Alain Amiel parcourt les salles du Festival d’Avignon et vous présente ses coups de coeur pour vous guider dans le choix des spectacles à voir !

Hernani de Victor Hugo

Théâtre La Luna, 1, rue Séverine, 84000 Avignon

La bataille d’Hernani n’a jamais cessé

Avec cette relecture originale d’Hernani, Édouard Dossetto transforme le drame romantique de Victor Hugo en un véritable thriller politique contemporain, sombre et violent.

Doña Sol est aimée par trois hommes : son oncle, le vieux duc de Silva, qui désire l’épouser ; Don Carlos, le roi appelé à devenir empereur ; et Hernani, fils d’un grand d’Espagne banni puis exécuté par le père du roi. Noble déchu devenu bandit, Hernani incarne la révolte. Doña Sol, prête à tout pour conquérir sa liberté autant que son amour, refuse de se soumettre.
Le roi, le bandit et le vieillard s’affrontent dans une mise en scène nerveuse, au souffle cinématographique, où les jeux de lumière, le rythme des scènes et plusieurs trouvailles scénographiques nourrissent une tension constante. Doña Sol apparaît en sweat à capuche, le roi arbore de longs cheveux sous un casque de moto, tandis qu’Hernani, couvert de tatouages, impose une présence presque insurrectionnelle. Ces choix esthétiques inscrivent l’œuvre dans une modernité incisive.
De la première scène jusqu’au dénouement, qui conduit du sang au poison, amour, vengeance et pouvoir se mêlent dans une tragédie où une jeunesse sans concessions préfère la mort à la compromission.
Les alexandrins prennent ici toute leur puissance. Doña Sol, ardente, sensible et déterminée, bouleverse par son mélange de fragilité et de courage. Hernani, fiévreux et habité, est partagé entre passion et devoir. Don Carlos est inquiétant et autoritaire, tandis que le duc de Silva est implacable et tragique, prisonnier d’un honneur qui le conduit au pire.
Sans jamais trahir les vers de Victor Hugo, cette adaptation révèle la modernité de cette œuvre qui a causé une rupture dans l’histoire du théâtre. Elle rappelle avec force que les combats d’Hernani pour la liberté, contre l’abus de pouvoir, la violence et la corruption demeurent actuels.
Mise en scène d’Édouard Dossetto, avec Marie Benati, Édouard Dossetto, Alex Dey, Leslie Gruel, Guillaume Villiers-Moriamé, Anaïs Ansart-Grosjean.

Bouquins

PETIT LOUVRE (LE) (salle Van Gogh)

Embrasser toute la littérature, nous en donner les grandes ruptures, nous en donner certaines clefs, Pierre Emonot, avec ironie, se livre à une satire féroce de notre société.

D’Enheduanna, prêtresse mésopotamienne considérée comme la première écrivaine de l’histoire, à Michel Houellebecq, il nous entraîne à travers les grandes ruptures de la littérature occidentale. Antiquité, où chaque époque remet en question la précédente.
L’Antiquité (VIIIe siècle av. J.-C. – Ve siècle), la naissance des grands genres avec Homère, les tragiques grecs, Virgile. La littérature célèbre les héros, les dieux et les fondements de la cité. Au Moyen Âge (Ve–XVI siècles), période où la religion domine, mais où la littérature devient aussi populaire : les chansons de geste, la poésie courtoise et les premiers romans (Chrétien de Troyes). À la Renaissance (XVIe siècle), c’est la rupture humaniste. On redécouvre l’Antiquité. L’imprimerie naissante renouvelle la langue et les formes : Rabelais, Montaigne et la Pléiade se diffusent. Suit le classicisme (XVIIe siècle), qui recherche l’ordre, la raison et les règles : Corneille, Racine, Molière et La Fontaine font de l’équilibre et de la mesure des idéaux. Au XVIIIe siècle, la littérature devient une arme contre l’intolérance et l’absolutisme. Voltaire, Rousseau, Diderot privilégient la réflexion, la liberté et le progrès. Le romantisme du début du XIXe siècle, en rupture avec le classicisme, met en valeur les sentiments ; la liberté, la nature et l’individu prennent le pas sur les règles. Au milieu et à la fin du XIXe siècle : Balzac, Flaubert, Zola veulent observer la société avec précision et montrer les mécanismes sociaux et humains. Fin XIXe-début XXI siècle, Baudelaire, Mallarmé, Rimbaud puis les surréalistes rompent avec le réalisme. L’écriture devient exploration du rêve, du langage et de l’inconscient.
La littérature contemporaine depuis 1945 fait éclater les formes : Nouveau Roman, autofiction, littérature documentaire, romans graphiques ou numériques remettent en question les frontières entre fiction et réalité.
Un seul-en-scène érudit et plein d’humour. Pierre Emonot a été élu meilleur spectacle d’humour au Festival Off d’Avignon.

Lee Ufan au Palais des Papes

Lee Ufan, qui sait admirablement habiter les lieux avec ses œuvres, est cette année présenté au Palais des Papes, où il a célébré son 90 ? anniversaire. Né en Corée, vivant au Japon et habitué à parcourir l’Europe, il est l’une des grandes figures de l’art contemporain asiatique. Une superbe rétrospective lui est également consacrée à la Biennale de Venise. Son œuvre nous invite à une expérience méditative où pierre, métal, lumière, espace et temps dialoguent dans une profonde sérénité.
Les œuvres de l’exposition Relatum prennent tout leur sens dans leur relation avec l’architecture du Palais. Dans la Grande Chapelle, Relatum – Primitive Room déploie plus de 60 tonnes d’ardoise sur 650 m². Une vidéo montre les différentes étapes de cette installation monumentale, depuis l’arrivée des tonnes d’ardoise jusqu’à la pose minutieuse de chaque pierre. Une œuvre spectaculaire qui s’intègre parfaitement à la majesté de cette immense chapelle.
Dans le Grand Tinel sont présentées plusieurs peintures de la série Response. Ces grandes toiles blanches, traversées d’un unique geste de large pinceau couvert de peintures bleues, grises ou terreuses, témoignent d’une peinture où chaque mouvement s’épuise lentement, laissant le vide devenir aussi important que la matière. Au cloître Benoît XII, Lee Ufan crée un dialogue saisissant entre l’architecture gothique et une sculpture épurée en acier inoxydable : une vaste forme circulaire polie qui reflète la lumière et les visiteurs, intégrant ainsi le public à l’œuvre. Au cœur de la chapelle Saint-Martial, couverte de fresques colorées, Relatum – The Stone (2026) met en scène une pierre monumentale, symbole d’éternité et du temps accumulé.
Une exposition d’une grande force poétique où dialoguent les matières, l’espace et la lumière. Comme le rappelle Lee Ufan, l’œuvre d’art a le pouvoir «  d’ouvrir un instant qui nous fait sentir la respiration de l’infini  ».
Un film documentaire donne la parole à l’artiste et dévoile les coulisses de l’exposition, éclairant la rencontre entre ses œuvres et l’architecture exceptionnelle du Palais des Papes.

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Alain Klingler - Constellation, Bobin Leprest

Théâtre du Verbe Fou

Une bulle de poésie loin des fracas du monde et de l’effervescence du Festival d’Avignon.

Dès son entrée en scène, Alain Klingler impose une présence calme et lumineuse. Entouré de livres qu’il ouvre avec délicatesse, il fait dialoguer les textes de Christian Bobin et les chansons d’Allain Leprest avec une profonde justesse. Depuis près de trente ans, ces deux artistes nourrissent sa réflexion et sa vision du monde ; ils deviennent ici les deux étoiles d’une même constellation.
Au piano, le comédien-chanteur alterne lectures et chansons avec élégance. Sa voix, chaude et habitée, porte aussi bien les mots essentiels, empreints de spiritualité, de Christian Bobin que les textes puissants et profondément humains d’Allain Leprest. Entre silence, musique et poésie, chaque instant touche par sa sincérité.
Accompagné de son piano, il crée un univers d’une grande intensité émotionnelle, où la douceur des textes de Bobin répond à la force des chansons de Leprest. Deux univers qui se rencontrent pour offrir un moment suspendu, intime et profondément émouvant.
Alain Klingler présente également Déflagration Rimbaud, à ne pas rater.

Photo de UNE : Lee Ufan crée un dialogue saisissant entre l’architecture gothique et une sculpture épurée en acier inoxydable ©AA

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